Eclairage sur la situation au Soudan du Sud

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David Boyes, 46 ans, est depuis un an le directeur du Soudan du Sud pour l’EPER. Ce spécialiste indien de l’aide d’urgence relate les conditions de vie dans cette région.

Est-ce nouveau que les civils soient pris comme cible au Sud Soudan ?
C’est un pays qui pratique la politique de la terre brûlée. Quand il y a un conflit, les maisons sont pillées, brûlées, les femmes violées et les hommes tués. Cela explique qu’il y ait plus de deux millions de personnes déplacées à l’interne et près d’1,9 millions à l’étranger.

Comment les réfugiés sont-ils accueillis en Ouganda ?
Contrairement au Soudan du Sud, l’Ouganda est un pays stable avec une approche très progressiste. Tous les réfugiés qu’il accueille disposent des mêmes droits que les Ougandais, sauf le droit de vote ! C’est le bureau du premier ministre qui supervise le tout, aidé du HCR pour les aspects techniques. Ce sont d’excellents coordinateurs de l’aide, concernés et avisés sur les besoins de la population.

Pensez-vous que les réfugiés sud-soudanais en Ouganda retourneront un jour chez eux ?
C’est dur à dire. Pour ceux dont les maisons ont été brûlées et les villages détruits, il n’y a pas forcément de raison qu’ils y retournent. Mais cela fait 60 ans que le Soudan du Sud est en conflit. Les gens le fuient puis y retournent dès qu’il y a une accalmie.

Les camps ougandais sont-ils sûrs en termes de sécurité ?
Le HCR déconseille vivement aux visiteurs de vivre sur place. Les camps sont dangereux pour les femmes seules avec des enfants. C’est d’ailleurs un gros problème pour les écoles et les centres de soin qui peinent à trouver du personnel car les enseignants et les soignants ne savent pas où loger à moins d’une heure trente de route alors qu’ils sont payés 20 dollars par mois !

Vous vivez à Djouba, capitale du Soudan du Sud. Comment se passe votre quotidien ?
C’est un défi de vivre à Djouba. Quand on circule, on est constamment arrêté par la police sous n’importe quel prétexte. Avec mon équipe, on s’est imposé un couvre-feu à 19h et tous les soirs, on contrôle que chacun est bien rentré.

Et pour les personnes déplacées au Soudan du Sud ?
C’est très compliqué. Il n’y a pas de gouvernance de l’Etat. Chaque parti ou ministère applique ses propres lois. Beaucoup de restrictions sont imposées aux ONG ; il faut demander des permissions pour tout, même pour apporter de l’argent sur le terrain. La corruption sévit à tous les étages.

Et comment fait l’EPER pour échapper à la corruption ?
Nous travaillons avec notre partenaire qui a une grande expérience du pays. Par chance, nos projets ne sont pas loin de la capitale, ce qui nous évite de devoir mandater une agence qui prend d’énormes commissions pour transférer l’argent.

Qu’est-ce qui motive votre action ?
Pendant que nous parlons, des personnes meurent de faim, de soif ou de maladie. Notre action est essentielle même si nous ne touchons qu’une petite proportion des personnes vulnérables.

 

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